J’ai une grande passion dans la vie.
Oui bon d’accord, j’en ai trois.
La bouffe, la philo et le théatre.
Oui, la bouffe est une passion, et alors ? ^^
J’ai commencé le théâtre, un peu, totalement par hasard.
En 3ème, ma prof de français avait décidé de monter un spectacle, avec l’aide d’une intervenante professionnelle dans le domaine du théatre.
Elles nous ont fait écrire des textes sur l’adolescence (ma passion pour l’écriture pouvait enfin s’assouvir)(ah oui, ben ca fait 4 passions alors), nous ont fait travailler des textes sur l’enfance et l’adolescence, sur le rapport aux parents durant cette période.
Et, grande comédienne dramatique dans l’âme devant l’éternel, je me suis mise à devoir jouer un extrait d’Electre, de Giraudoux.

Pour te situer et te rappeler le mythe (oui, parce que j’adore la mythologie grecque et le mythe des Atrides est l’un de mes préférés) (et puis qu’un petit moment culturel, ca peut pas te faire de mal, d’abord… ^^): Electre est la fille d’Agamemnon (le roi de Mycènes) et de Clytemnestre. Elle a un frère, Oreste, et une soeur, Iphigénie.
Lors de la guerre de Troie, son père a sacrifié Iphigénie sur un autel destiné à une déesse. Selon les versions, il s’agit de la déesse Artémis, parce que l’un des partisans d’Agamemnon (ou Agamemnon lui-même) aurait tué une biche (l’animal sacré d’Artémis, si ma mémoire est bonne, mais je ne suis plus certaine sur ce coup-là). Et Artémis, pas contente pour deux sous, lui aurait ordonné de tuer sa fille à laquelle il tenait énormément (comme Artémis à sa biche) pour racheter sa faute.
Ils étaient loin d’être cools parfois, les dieux de l’Olympe.
Bref, Agamemnon sacrifie sa fille, se rachète aux yeux de la déesse, pas aux yeux de sa femme qui, loin de piquer sa crise, décide tout bonnement de l’assassiner lors de son retour de la guerre de Troie.
Alors, elle ou Egisthe (son amant), ca dépend des versions, mais ce qui est sur, c’est que le pauvre Agamemnon passe l’arme à gauche assez rapidement.
Et donc, mon Electre, la dedans ?
Folle furieuse, évidemment.
Contre sa mère et son beau père (puisqu’une fois Agamemnon mort, il est monté sur le trône. Là ou y’a de la gêne, y’a pas de plaisir !)
Et comme le meilleur moyen de régler un problème, la dedans, c’est de le supprimer, Electre se met en tête de tuer sa mere et Egisthe, grâce à l’aide de son frère Oreste. Enfin, lors de son retour, parce que Clytemnestre l’a abandonné au moment de l’assassinat d’Agamemnon.
Mais il finit par revenir, assouvir la vengeance de sa soeur en tuant sa mère et son beau-père.
Et je précise bien la vengeance de sa soeur parce que lui ayant été élevé bien loin de toute cette histoire (le veinard), il n’avait pas forcément d’esprit de vengeance. Dans certaines versions, on dit que c’est l’Oracle de Delphes qui lui aurait dit de retourner chez lui et de faire l’assassinat.
La scène que j’ai joué en 3eme se situe après la mort d’Agamemon et avant le retour d’Oreste.
Je suis quelqu’un de naturellement timide. A cette époque là, limite j’étais hyper mal dans ma peau, et parler me faisait rougir comme une folle.
Avant de monter sur la petite scène qui avait été installée dans la cour pour l’occasion, je tremblais comme jamais j’ai tremblé de ma vie, j’avais les larmes aux yeux, une nausée terrible. Je ne savais plus mon texte, je voulais juste partir en courant.
C’est une copine de l’époque (que je cotoie toujours d’ailleurs) qui m’a poussée dans le dos pour que j’entre sur scène.
Et là, ca a juste été magique.
Je ne savais pas d’ou venaient les mots, mais ils sortaient. Je ne sais pas d’ou sortait toute cette haine, cette rage, cette voix du fond de mes entrailles et qui ne ressemblait tellement pas à la mienne.
Je n’étais plus moi, L’Anonyme.
J’étais Electre, furieuse de haine contre ma mère.
J’avais soif de vengeance.
J’étais comme possédée.
Ce jour là fut une véritable révélation.
Ce que j’avais ressenti ce jour la en montant sur scène, je le ressens encore à chaque fois que je monte sur une scène de théatre.
Pendant 3 ans, au lycée, j’ai fait partie de la troupe théatre.
A chaque fois, la même émotion, le meme stress en entrant sur scène. Le coeur qui bat tellement vite et tellement fort qu’on a l’impression qu’il va exploser.
Et malgré tout, la voix qui est posée, l’air de rien.
Le théatre a toujours été mon défouloir émotionnel.
Pour ma dernière année au lycée, l’animatrice de l’atelier (qui est à présent une de mes amies) m’a fait faire un monologue d’une puissance émotionnelle terrible.
C’était même pas un monologue, à vrai dire.
C’était juste un mot : maman.
Maman, mais sur différents tons, intonations et je devais finir par un seul cri de « Maman ».
Aujourd’hui encore, alors que ca va faire 6 ans que j’ai quitté l’établissement, les gens s’en souviennent encore (forcément, les lycéens de mon époque ont des petits frères et des petites soeurs, comme moi, et comme moi, ils continuent d’assister chaque année aux représentations du théatre).
J’ai continué à la fac, durant la licence.
Mais arrivée au Master, j’ai dû arrêter pour cause d’emploi du temps déja légèrement surchargé (je t’en parlerai de mes deux années de master, si ca t’interesse…)
J’ai pu reprendre cette année, avec la troupe du collège ou je travaille.
Et c’est juste un véritable bonheur de se replonger dans les textes, de répéter, de rire, de chercher l’intonation à donner, la couleur du personnage.
Le théatre, c’est ma vie.
Et sans théâtre, il me manquerait une partie de celle que je suis.